{"id":74,"date":"2021-04-25T17:05:43","date_gmt":"2021-04-25T15:05:43","guid":{"rendered":"http:\/\/emnadaf.cluster029.hosting.ovh.net\/?p=74"},"modified":"2021-04-25T19:23:21","modified_gmt":"2021-04-25T17:23:21","slug":"qui-ne-dit-mot-consent","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emnadaf.cluster029.hosting.ovh.net\/index.php\/2021\/04\/25\/qui-ne-dit-mot-consent\/","title":{"rendered":"Qui ne dit mot consent"},"content":{"rendered":"\n<p>Je n&#8217;admets pas que certaines personnes por\u00adtent atteinte \u00e0 la&nbsp; popu\u00adlarit\u00e9 du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, et c&#8217;est pourquoi j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de parler. Cela ne me ressemble pas de nourrir des ranc\u0153urs sournoises ni de parler dans les coins.<\/p>\n\n\n\n<p>Un proverbe fran\u00e7ais&nbsp; dit qu&#8217;il \u00abvaut mieux avoir af\u00adfaire au Bon Dieu qu&#8217;\u00e0 ses saints\u00bb. Je n&#8217;en r\u00e9alisais pas vraiment le sens, \u00e9tant donn\u00e9 que la religion musulmane ne reconna\u00eet p d&#8217;interm\u00e9diaire entre l&#8217;homme et Dieu. Ce matin, j&#8217;en ai compris avec amertume la signification : ce lundi&nbsp; 22 octobre 1990, jour de l&#8217;ouverture de l&#8217;Ann\u00e9e ju\u00addiciaire.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est un grand Jour pour les magistrats,&nbsp; les greffiers, les avocats,&nbsp;les&nbsp;&nbsp; huissiers\u00ad notaires&#8230; enfin tous les servi\u00adteurs de Th\u00e9mis, qui&nbsp; se&nbsp; parent de leurs plus beaux atours pour assister \u00e0 la ma\u00adjestueuse c\u00e9r\u00e9monie ances\u00adtrale qui, plus que partout ailleurs, observent les&nbsp;r\u00e8gles de la tradition. La famille de Th\u00e9mis s&#8217;arr\u00eate un instant pour une solennelle intro\u00adspection, reconsid\u00e8re les actes juridiques de l&#8217;ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e, \u00e9met l&#8217;espoir d&#8217;une meilleure justice pour l&#8217;ann\u00e9e \u00e0 venir. Quelques minutes d\u00e9 sinc\u00e9ri\u00adt\u00e9, d&#8217;humilit\u00e9, de solidarit\u00e9, et un consensus tacite de re\u00adspect de la justice touchent le c\u0153ur de tout un chacun. C&#8217;est un jour de grande \u00e9mo\u00adtion, discr\u00e8te et profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce Jour-l\u00e0, les magistrats sont particuli\u00e8rement fiers et heureux de&nbsp;&nbsp; recevoir &nbsp;leurs h\u00f4tes. lis&nbsp; quittent&nbsp; leurs airs pompeux, ils sont d\u00e9tendus et souriants. Les greffiers, \u00e9cras\u00e9s toute l&#8217;ann\u00e9e par les lourdes&nbsp; responsabilit\u00e9s de leur fonction, la quantit\u00e9 des dossiers et l&#8217;agressivit\u00e9 des justiciables, oublient leurs peines et sont fiers de se con\u00adsid\u00e9rer comme les piliers du Temple de Th\u00e9mis. Ils savent bien que, sans eux, il s&#8217;\u00e9croulerait.<\/p>\n\n\n\n<p>Les avocats sont flatt\u00e9s d&#8217;\u00eatre accueillis par les ma\u00adgistrats et ne sont pas moins conscients de repr\u00e9senter les droits de la d\u00e9fense et la li\u00adbert\u00e9&#8230; et r\u00eavent d&#8217;\u00e9clairer la justice, de d\u00e9fendre la veuve et l&#8217;orphelin, et de gagner de l&#8217;argent. Les agents de l&#8217;ordre judiciaire ont des cos\u00adtumes tout neufs, tout propres. L&#8217;air bonhomme, Ils connaissent&nbsp; tout le monde; ils sont courtois, ce sont des familiers des lieux. Rien ne leur \u00e9chappe. A l&#8217;Int\u00e9rieur&nbsp; du &nbsp;Palais de justice, c&#8217;est le jour des accolades,&nbsp;les&nbsp; \u00e9changes de compliments.&nbsp; C&#8217;est&nbsp; le Jour o\u00f9 on attend le&nbsp;Pr\u00e9sident&nbsp;de&nbsp;la R\u00e9publique pour &nbsp;lui &nbsp;glisser des&nbsp; dol\u00e9ances ou des remerciements,&nbsp; o\u00f9&nbsp; on&nbsp; lui serre &nbsp;la main, o\u00f9&nbsp;on&nbsp;communique avec&nbsp;&nbsp;lui&nbsp;pendant&nbsp;quelques secondes. A&nbsp;l&#8217;ext\u00e9rieur, par le&nbsp; Boulevard&nbsp; Bab &nbsp;Benat&nbsp; ou celui du&nbsp; <em>9 <\/em>Avril, &nbsp;les \u00e9coliers viennent&nbsp; s&#8217;approcher de leur idole, les femmes &nbsp;voil\u00e9es cachent&nbsp;une&nbsp;lettre pleine de souffrances et d&#8217;espoir, et essaient de la remettre &nbsp;au Pr\u00e9sident, celui qui peut fl\u00e9chir m\u00eame Th\u00e9mis.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin&nbsp; la famille &nbsp;judiciaire est&nbsp; honor\u00e9e&nbsp;de recevoir son h\u00f4te;&nbsp; d\u00e8s&nbsp; qu&#8217;il&nbsp; franchit &nbsp;la porte de&nbsp; son&nbsp; temple, il devient sacr\u00e9, elle&nbsp; le prot\u00e8ge, r\u00e9pond&nbsp; de sa s\u00e9curit\u00e9 car elle repr\u00e9sente&nbsp; Dieu &nbsp;sur &nbsp;terre. Elle&nbsp; repr\u00e9sente &nbsp;la &nbsp;L\u00e9galit\u00e9. Elle&nbsp;puise sa s\u00e9curit\u00e9 dans la confiance et la croyance que les citoyens ont en elle. Ce sont ses remparts inviolables et&nbsp; jamais&nbsp; viol\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce lundi 22 octobre 1990, Th\u00e9mis ouvre ses portes \u00e0 sa grande famille et au Premier magistrat selon la Constitu\u00adtion. Ma robe&nbsp;noire d&#8217;avocate \u00e0 la main, ma carte d&#8217;identit\u00e9 dans la poche, je me suis diri\u00adg\u00e9e, comme chaque ann\u00e9e de\u00adpuis dix-sept ans, vers le Pa\u00adlais,&nbsp; comme&nbsp;le&nbsp;firent&nbsp;mon p\u00e8re et mon grand-p\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 b\u00e2tonnier.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&#8217;appr\u00eatais donc \u00e0 en\u00adtrer, comme \u00e0 l&#8217;accoutum\u00e9e, quand un membre du service d&#8217;ordre&nbsp;m&#8217;arr\u00eata,&nbsp;l&#8217;air mena\u00e7ant et&nbsp; presque&nbsp;insultant: \u00abJ&#8217;ai ordre de ne laisser entrer ni&nbsp; avocats,&nbsp;ni magistrats\u00bb. J&#8217;ai bien tent\u00e9 de lui expliquer&nbsp; que&nbsp; c&#8217;\u00e9tait&nbsp; notre f\u00eate,&nbsp; qu&#8217;il&nbsp;&nbsp; nous&nbsp; fallait&nbsp;&nbsp; honorer&nbsp;notre&nbsp;h\u00f4te&nbsp; par notre pr\u00e9sence,&nbsp; que la&nbsp; c\u00e9r\u00e9monie serait sans nous un non-sens. Il me tourna le do. Je sentais la rage dans mon c\u0153ur . Je regardais le Boulevard Bab Benat, Il n&#8217;y avait \u00e0 perte de vue que des policiers en&nbsp; tenue et en civil.<\/p>\n\n\n\n<p>Seul&nbsp; le ciel&nbsp; \u00e9tait bleu&nbsp; et indiff\u00e9rent,&nbsp; sans&nbsp; doute blas\u00e9. Mes yeux se sont brouill\u00e9s, je ne distinguais plus la forme du Palais de Justice. Etait-ce une f\u00eate ou&nbsp; un \u00e9tat&nbsp;de si\u00e8ge ? Les sir\u00e8nes lugubres des voitures de&nbsp;police&nbsp;fendaient le silences et le ciel, d\u00e9j\u00e0 tourment\u00e9 par le ronflement&nbsp; des h\u00e9licopt\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Je fus s\u00e9questr\u00e9e dans mon bureau par un homme en costume&nbsp;&nbsp; gris&nbsp;&nbsp; avec un &nbsp;talkie-walkie&nbsp;\u00e0 la main,&nbsp;&nbsp;qui m&#8217;interdit de&nbsp;mettre le nez dehors. J&#8217;ai&nbsp;&nbsp; occup\u00e9&nbsp;mon temps \u00e0 \u00e9crire ce papier, en regrettant que le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ne soit pas arriv\u00e9 juste \u00e0 ce moment, pour surprendre en flagrant&nbsp; d\u00e9lit ce saboteur de mes croyances en un avenir serein, en une politique d&#8217;ouverture, ce d\u00e9tracteur de mon admiration naissante. <\/p>\n\n\n\n<p>Je sais bien qu&#8217;il existe des fanatiques, des d\u00e9traqu\u00e9s et des malades mentaux, que la s\u00e9curit\u00e9 du Pr\u00e9sident exige de la vigilance -comme c&#8217;est le cas de tous les pr\u00e9sidents dans le monde entier- mais il y a la mani\u00e8re et le flair !<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, les motards qui escortent les voyages officiels rejettent les automobilistes sur les bas-c\u00f4t\u00e9s, avec leur index, sans aucun \u00e9gard pour le citoyen, et les mots grossiers qui sortent de leur bouche sont plus violents que leurs sir\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois que tout le dilemme est l\u00e0, et les juristes le connaissent bien : faut-il opter pour une ba\u00efonnette ob\u00e9issante ou pour une ba\u00efonnette intelligente.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&#8217;admets pas que certaines personnes por\u00adtent atteinte \u00e0 la&nbsp; popu\u00adlarit\u00e9 du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, et c&#8217;est pourquoi j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de parler. Cela ne me ressemble pas de nourrir des ranc\u0153urs sournoises ni de parler dans les coins. Un proverbe fran\u00e7ais&nbsp; dit qu&#8217;il \u00abvaut mieux avoir af\u00adfaire au Bon Dieu qu&#8217;\u00e0 ses saints\u00bb. 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