{"id":83,"date":"2021-04-25T20:30:31","date_gmt":"2021-04-25T18:30:31","guid":{"rendered":"http:\/\/emnadaf.cluster029.hosting.ovh.net\/?p=83"},"modified":"2021-05-23T14:05:11","modified_gmt":"2021-05-23T12:05:11","slug":"sacre-socrate","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/emnadaf.cluster029.hosting.ovh.net\/index.php\/2021\/04\/25\/sacre-socrate\/","title":{"rendered":"Sacr\u00e9 Socrate"},"content":{"rendered":"\n<p>Il n&#8217;est pas n\u00e9 la veille, pourtant il d\u00e9crit la vie politique actuelle dans la plupart des pays du Tiers Monde comme s&#8217;il&nbsp; \u00e9tait&nbsp; un contemporain. Quand il parle de l&#8217;oligarchie , il la d\u00e9crit ainsi : &#8220;Le go\u00fbt des richesses se transformant en avarice, devient le mobile principal de l&#8217;activit\u00e9 des citoyens. On amasse, on th\u00e9saurise, et plus on accorde d&#8217;estime \u00e0 la fortune moins on en conserve pour la vertu. A la balance des valeurs , le plateau de l&#8217;une descend, tandis qu&#8217;all\u00e9g\u00e9, celui de l&#8217;autre remonte. L&#8217;Etat est priv\u00e9 de talents aptes \u00e0 le servir. L&#8217;oligarchie repose sur un principe vicieux. Divisant les citoyens en deux clans adverses; celui des riches et celui des pauvres, elle brise irr\u00e9m\u00e9diablement l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;un Etat, dont elle est, par ailleurs , impuissante \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9. Les magistrats doivent en effet, ou bien armer la multitude, et dans ce cas tout craindre d&#8217;elle, ou bien se contenter d&#8217;une milice peu nombreuse, compos\u00e9e de membres de la classe dirigeante, et sans valeur guerri\u00e8re, puisque dans celle classe, la primaut\u00e9 de l&#8217;esprit de gain et de vil n\u00e9goce a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 la primaut\u00e9 du courage. La constitution oligarchique s&#8217;oppose donc au maintien de la division du travail. Son plus grand vice est le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique qu&#8217;elle introduit dans l&#8217;Etat. Les citoyens \u00e9tant libres d&#8217;ali\u00e9ner totalement leur bien, il se forme bient\u00f4t une classe de prol\u00e9taires sans fonction d\u00e9termin\u00e9e, v\u00e9ritables bourdons de la race humaine, beaucoup plus nocifs que leurs pareils de la gent ail\u00e9e, parce qu&#8217;arm\u00e9s de dangereux aiguillons. Partout o\u00f9 s\u00e9vit le fl\u00e9au du paup\u00e9risme , ou trouve en foule mendiants, coupeurs de bourse hi\u00e9rodules et autres malfaiteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons un strat\u00e8ge ou un magistrat dont la bonne volont\u00e9 s&#8217;est bris\u00e9e contre l&#8217;Etat , comme se brise un vaisseau contre l&#8217;\u00e9cueil. Des sycophantes le font condamner \u00e0 la peine de mort ou d&#8217;exil et \u00e0 la confiscation de ses biens. Son fils, qui jusqu&#8217;alors l&#8217;a pris pour mod\u00e8le, consid\u00e8re avec stupeur tant de malheurs imm\u00e9rit\u00e9s. Plein de crainte pour lui-m\u00eame et humili\u00e9 de sa pauvret\u00e9, il pr\u00e9cipite du tr\u00f4ne o\u00f9 il les avait plac\u00e9s en son \u00e2me l&#8217;ambition et le courage guerrier. Et sur ce tr\u00f4ne il \u00e9l\u00e8ve \u00e0 la dignit\u00e9 de Grand Roi son plus sordide d\u00e9sir. A partir de ce moment il n&#8217;a plus qu&#8217;un but : gagner, \u00e9conomiser sans rel\u00e2che, ajoutant patiemment, en se refusant les satisfactions les plus l\u00e9gitimes, au peu d&#8217;argent qu&#8217;il poss\u00e8de. Il honore par dessus tout les riches et les richesses, et met toute sa gloire \u00e0 acqu\u00e9rir une grande fortune. Avare mesquin, l&#8217;\u00e2me bourdonnante de mauvais d\u00e9sirs, il est devenu l&#8217;exacte r\u00e9plique du second des Etats pervertis&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon voisin Socrate, ce vieux radoteur, continue ainsi son discours . Il n&#8217;est pas tendre avec la D\u00e9monatie, il la d\u00e9crit comme un &#8220;bazar&nbsp;des constitutions o\u00f9 l&#8217;amateur n&#8217;a que l&#8217;embarras du choix. Il est de l&#8217;essence de la D\u00e9mocratie d&#8217;accorder aux citoyens une trop grande libert\u00e9 qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re fatalement en licence&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel ordre, en effet demeure possible lorsque toute contrainte est abolie, lorsque les r\u00e8gles morales sont abandonn\u00e9es au jugement du premier venu, qui les adopte ou les rejette selon les exigences de son humeur ou des desseins qu&#8217;il a form\u00e9s. Comment d&#8217;autre part, se montrerait-il s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des criminels, quand il compte sur l&#8217;indulgence publique pour obtenir le pardon de ses propres crimes? Dans l&#8217;Etat populaire, la sanction d&#8217;une faute n&#8217;est point proportionn\u00e9e \u00e0 sa gravit\u00e9, mais en raison inverse du sentiment de commis\u00e9ration que le coupable sait inspirer \u00e0 ses juges. D&#8217;ailleurs, m\u00eame frapp\u00e9 par une juste sentence, ce coupable, pour peu qu&#8217;il soit habile, \u00e9chappe \u00e0 la peine encourue. Condamn\u00e9 \u00e0 l&#8217;exil par exemple, il reste dans sa patrie et s&#8217; y montre en public sans qu&#8217;on le remarque &#8220;comme un h\u00e9ros, dou\u00e9 du pouvoir de se rendre invisible&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8220;Pour acc\u00e9der aux plus hautes fonctions, point n&#8217; est besoin d&#8217;y avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 par de longs travaux, d&#8217;avoir profit\u00e9 des bienfaits d&#8217;une \u00e9ducaton excellente et de s&#8217;\u00eatre exerc\u00e9 d\u00e8s l&#8217;enfance \u00e0 la pratique de toutes les vertus. A  l&#8217;homme qui entre dans la carri\u00e8re politique, on ne demande pas de fournir la preuve de sa science et de sa sagesse, non plus de l&#8217;honn\u00eatet\u00e9 de son pass\u00e9. Il suffit, pour qu&#8217;on lui fasse confiance, qu&#8217;il affirme son d\u00e9vouement \u00e0 la cause du peuple. Car c&#8217;est un esprit large et point&nbsp;v\u00e9tilleux qui r\u00e8gne dans cet Etat o\u00f9 l&#8217;on se contente de vagues promesses, sans chercher \u00e0 savoir si celui qui les formule est capable de les tenir ! C&#8217;est aussi un esprit &#8220;doux&#8221; qui, par aversion pour toute hi\u00e9rarchie l\u00e9gitime, proclame l&#8217;\u00e9galit\u00e9 d&#8217;\u00e9l\u00e9ments par nature in\u00e9gaux .<\/p>\n\n\n\n<p>Dans celte acropole, les d\u00e9sirs prodigues r\u00e8gneront d\u00e9sormais sans frein ni loi.&#8221;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon voisin Socrate ne veut pas se taire, il continue \u00e0 \u00e9voquer sa philosophie: &#8220;Il est en effet dans l&#8217;ordre de la nature qu&#8217;\u00e0 une licence extr\u00eame succ\u00e8de une extr\u00eame servitude. Par ses exc\u00e8s m\u00eame, la d\u00e9mocratie engendre in\u00e9vitablement la tyrannie. Ce peuple, alt\u00e9r\u00e9 de libert\u00e9 , ayant mis \u00e0 sa t\u00eate de mauvais \u00e9chansons qui l&#8217;enivrent de ce vin pur au del\u00e0 de toute d\u00e9cence, perd vite le contr\u00f4le de ses actes, s&#8217;effraie d&#8217;une ombre de contrainte et traite d&#8217;oligarques&nbsp;ceux qui le voudraient maintenir dans les voies de la prudence. Sa faveur va, par contre, aux gens habiles qui affectent des mani\u00e8res simples et flattent ses penchants grossiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une cit\u00e9 d\u00e9sorganis\u00e9e o\u00f9 le p\u00e8re craint ses enfants et le maitre ses disciples, o\u00f9 l&#8217;esclave s&#8217;arroge tous les droits, les magistrats ne jouissent d&#8217;aucune autorit\u00e9 et les lois restent lettre morte.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour tenir en \u00e9chec ceux qu&#8217;elle nomme ses ennemis, \u00e0 qui elle conf\u00e8re un pouvoir proportionn\u00e9 aux esp\u00e9rances qu&#8217;elle fonde sur lui, croyant ainsi accroitre sa propre force, elle accro\u00eet en r\u00e9alit\u00e9, sans mesure, celle de l&#8217;homme qui deviendra son ma\u00eetre. D&#8217;abord le protecteur obtient une garde pour sa personne qu&#8217;il pr\u00e9tend menac\u00e9e. Ensuite, il tra\u00eene devant les tribunaux et fait condamner les citoyens qu&#8217;il juge capables d&#8217;entraver l&#8217;ex\u00e9cution de ses desseins. Au besoin m\u00eame, il n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 r\u00e9pandre et \u00e0 go\u00fbter d&#8217;une bouche et d&#8217;une langue impies le sang de sa race; il tue, exile tout en faisant miroiter aux yeux de la multitude l&#8217;abolition prochaine des dettes et le partage des terres. Qu&#8217;il aspire ou non \u00e0 en subir la loi, il entre alors dans le cercle de son nouveau destin, il doit ou bien p\u00e9rir de la main de ses adversaires ou bien se faire tyran, et d&#8217;homme devenir loup. Comme le r\u00f4le de la victime est le dernier qui lui convienne, il renverse de nouveaux rivaux, monte sur le char de la Cit\u00e9 et se r\u00e9v\u00e8le despote accompli. Au d\u00e9but cependant, d\u00e9sireux de plaire, il r\u00e9compense ses partisans. Mais il est bient\u00f4t amen\u00e9 \u00e0 surveiller les meilleurs d&#8217;entre eux et \u00e0 chercher dans la guerre ext\u00e9rieure un d\u00e9rivatif aux \u00e9nergies qu&#8217;il sent dress\u00e9es secr\u00e8tement contre lui. S&#8217;il veut rester le ma\u00eetre, il est oblig\u00e9 de se d\u00e9faire de tous les hommes de valeur que compte la Cit\u00e9 sans en excepter ses amis. A l&#8217;encontre du m\u00e9decin qui purge le corps de ses \u00e9l\u00e9ments nuisibles, il purge l&#8217;Etat de ses citoyens les plus estimables. Puis il compose sa garde, de jour en jour plus nombreuse, de mercenaires \u00e9trangers et d&#8217;esclaves affranchis. Il a pour favoris des personnages sans aveu, bourdons qu&#8217;attire de toutes parts le faux \u00e9clat de sa fortune, car tel est d\u00e9sormais le dilemme qui se pose pour lui : vivre avec les m\u00e9chants qui le flattent mais n&#8217;\u00e9prouvent au fond que de la haine \u00e0 son \u00e9gard, ou renoncer \u00e0 la vie. Les po\u00e8tes c\u00e9l\u00e8brent les louanges de la tyrannie et vantent l&#8217;heur des tyrans&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j&#8217;appelle Socrale, &#8220;mon voisin&#8221;, c&#8217;est parce qu&#8217;une brillante bacheli\u00e8re, section sciences, m&#8217;a demand\u00e9 si Socrate vit encore \u00e0 Tunis.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9die ces pages de la &#8220;R\u00e9publique de Platon&#8221; \u00e0 nos jeunes qui devraient les m\u00e9diter, car leur avenir est en jeu, et leur destin doit \u00eatre plac\u00e9 entre leurs mains. J&#8217;esp\u00e8re qu&#8217;ils auront la curiosit\u00e9 de lire tout l&#8217;ouvrage. Je n&#8217;ai fait que relever un extrait de la &#8220;Gen\u00e8se des cit\u00e9s injustes&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j&#8217;entends autour de moi des p\u00e8res parler des \u00e9tudes math\u00e9matiques, scientifiques ou technologiques de leurs rejetons en gonflant les biceps et en rougissant d&#8217;orgueil , je ne comprends pas qu&#8217;ils ne s&#8217;inqui\u00e8tent pas du fait qu&#8217;on n&#8217;y fait pas cas&nbsp;de&nbsp;l&#8217;\u00e9thique&nbsp;et de&nbsp;la connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on voit la ru\u00e9e des \u00e9l\u00e8ves vers les sections&nbsp; math-sciences et leur obsession pour la m\u00e9decine, pharmacie, informatique, HEC, je me demande qui va s&#8217;occuper de la Cit\u00e9, si les litt\u00e9raires se consid\u00e8rent ou sont consid\u00e9r\u00e9s comme&nbsp;les d\u00e9tritus&nbsp;des intellectuels. Trouveriez-vous normal que les boucs gardent les gazelles? <\/p>\n\n\n\n<p>Les Einstein manqu\u00e9s du Tiers Monde n&#8217;ont-ils pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 s&#8217;abreuver de philosophie, de sciences sociales, de connaissances historiques et g\u00e9ographiques? Tant il est vrai que science sans conscience n&#8217;est que ruine de l&#8217;\u00e2me, et de la Cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>(tir\u00e9 de la R\u00e9publique de Platon, Flammarion (p49 \u00e0 54))<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n&#8217;est pas n\u00e9 la veille, pourtant il d\u00e9crit la vie politique actuelle dans la plupart des pays du Tiers Monde comme s&#8217;il&nbsp; \u00e9tait&nbsp; un contemporain. Quand il parle de l&#8217;oligarchie , il la d\u00e9crit ainsi : &#8220;Le go\u00fbt des richesses se transformant en avarice, devient le mobile principal de l&#8217;activit\u00e9 des citoyens. 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